Année 132 - Septembre 2020

Tout a changé

abbé Livio Tonello, directeur

Nos grands-parents pensaient avoir tout vu: la guerre, la famine, la grippe asiatique, le terrorisme... Il ne manquait plus que la pandémie qui a été létale pour de nombreuses personnes. Comment faire face au futur maintenant que le présent se déligne avec un style de vie inédit?

On souligne depuis toujours l’importance de la fraternité, de la gentillesse, de la valeur d’une poignée de main, nous tenons beaucoup aux relations interpersonnelles et à l’effet émotionnel collectif des rassemblements: nous tenons à participer à la Messe car la Messe à la télévision ne satisfait pas au précepte dominical, nous insistons pour ne pas porter le masque de l’hypocrisie et pour continuer à nous engager dans le volontariat et à rendre visite aux personnes âgées.

On donne de la valeur à de nombreuses habitudes sociales. Mais maintenant de nouvelles relations aux autres, conventions et habitudes vont s’installer. Il faut respecter la distanciation sociale et porter un masque. Dans les églises, on compte le nombre des places disponibles, il y a des chaises condamnées, le port du masque est obligatoire, on ne se donne plus la paix à travers une poignée de main et puis il faut éviter de s’embrasser, de rendre visite aux membres de notre famille...

Les mêmes gestes que l’on valorisait, maintenant sont interdits pour protéger l’autre. Un décalage des valeurs et des perceptions qui témoigne de l’incertitude et de la fragilité de notre vie. Tout cela est bien vrai pour le monde «civilisé» et culturellement plus avancé. Mais une grande partie de l’humanité vit chaque jour des situations d’incertitude et d’énorme distance entre les riches et les pauvres, entre les dominateurs et les dominés.

Combien de chrétiens attendent pendant des mois avant de voir un prêtre! Des millions de personnes cohabitent avec des épidémies, des famines. Elles vivent dans des lieux insalubres où elles font la queue pour puiser un peu d’eau. Un missionnaire de Padoue disait qu’en Afrique le virus doit faire la queue. Les personnes doivent cohabiter avec d’autres peurs: le choléra, les guerres, les inondations, les sauterelles, la sécheresse...

En Occident, nous sommes en train de vivre la fragilité et la précarité qui font partie de la vie quotidienne d’une grande partie de l’humanité. Cette inversion imposée des attitudes et des comportements nous sollicite à changer notre mentalité: nous sommes appelés à faire le contraire de ce que nous faisions avant. Peut-être pas exactement le contraire: les mêmes choses, les mêmes loisirs, les mêmes projets mais avec un style différent, le fruit d’un changement.

C’est la nature qui a retrouvé sa beauté qui nous le demande avec le ciel lumineux sans pollution, avec la présence de nombreux poissons dans la mer. C’est la sauvegarde de la santé qui nous le demande avec une gestion plus sage de la santé publique. Le grand défi consiste à renverser le paradigme de notre style de vie pour donner de la valeur à ce qui a pris de l’importance durant cette période d’émergence: se saluer d’une terrasse à l’autre, faire la queue de manière disciplinée devant le bureau de poste, passer du temps avec sa famille, prier ensemble à la maison, accepter la fermeture des magasins le dimanche, appeler au téléphone une personne seule.

Même les jeunes se sont aperçus que c’est bien enfin d’aller à l’école même si c’est une lourde tâche. Nous devons penser et agir de manière différente pour vivre mieux. Maintenant nous avons la possibilité de repartir du bon pied et de faire en sorte que les belles dimensions humaines qui sont l’essence de la vie deviennent «virales».

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