Année 132 - Juin 2020En savoir plus

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La foi entre peur et pandémie

la Rédaction

À mon avis, à cause de l’expérience dramatique de la pandémie du virus que nous sommes en train de vivre, nous sommes tous dos au mur. Nous avons dû rabaisser notre orgueil suscité par la surestimation des capacités technologiques et qui s’exprimait dans nos rapports avec la nature et avec les autres êtres vivants. Nous avons jeté le faux masque de maîtres de la vie et du futur. La peur a envahi nos cœurs; nous avons invoqué la recherche scientifique mais elle a du mal à obtenir des résultats. J’avoue que, malgré la foi qui m’accompagne depuis mon enfance, j’ai peur et je ne sais pas à quoi me raccrocher...

C.M.

Chère Madame, en tant que chrétiens, nous ne pouvons et nous ne devons que nous raccrocher à notre foi pascale en Christ Seigneur mort et ressuscité pour nous! L’Évangile nous montre que le cœur du cœur de la révélation en Jésus, visage miséricordieux du Père de tous et créateur de chaque chose, est la compassion. Ce que nous sommes en train de vivre au cours de ces mois peut devenir l’occasion pour faire le point sur la maturité de notre humanité. Être des humains, sans se contenter de faire partie de la catégorie des êtres humains qui habitent en ce monde avec et parmi les autres créatures, signifie accepter et respecter nos limites.

La pandémie qui nous a frappés n’est pas un fléau divin mais c’est un signe à lire avec humilité et à vivre avec patience et compassion. Nous, les occidentaux, nous étions trop sûrs de ne pas être concernés par la faiblesse des autres. Au contraire, nous devons nous mesurer avec la dimension de la mort même si nous nous sentons tout puissant. Nous nous sommes blindés dans un optimisme forcé, basé sur l’idée d’être capable de prendre en main notre destin tout en ne nous considérant pas une race supérieure. Tout cela doit se transformer en un optimisme tragique: nous sommes des créatures comme les autres et l’espoir d’une vie longue et belle ne peut pas être un privilège à conserver jalousement mais un trésor à partager comme on le fait pendant les jours de fête durant lesquels nous sommes joyeux et plus généreux.

La souffrance apporte des changements, elle nous rend meilleurs ou plus égoïstes. La mort de nombreuses personnes, la douleur et la peur de tous sont des signes qui nous appellent à la dignité et à l’humanité. Et ici la prière est une ancre sûre: en nous adressant au Très Haut, comme créatures parmi les créatures, nous retrouvons notre juste dimension. Ainsi pourrons-nous mûrir notre capacité à accepter la dimension de la mort sans arrêter d’aimer la vie et de lutter afin que tous puissent en jouir.

Une question reste cependant. Serons-nous capables comme hommes et femmes de renforcer cette «chaîne sociale» dont le poète Giacomo Leopardi parle avec son pessimisme éclairé? Et encore: serons-nous capables comme croyants de distinguer l’illusion de l’immortalité du désir de la vie éternelle que nous recherchons avec la conscience de notre mort et de celles des êtres aimés? Tout cela n’est pas facile mais c’est à la hauteur de notre être créé «à l’image et ressemblance» de Dieu. Il faut écouter, aimer et accepté la conscience de nos limites. Tenons-nous par la main... même en respectant la distanciation d’au moins un mètre!